Dominique LELUBRE

 

Ce mot-concept emprunté à la langue anglaise traduit bien ce que chacun d’entre nous vit aujourd’hui, à savoir «l’effacement», le « floutage » de la frontière entre vie privée et vie professionnelle.
Les outils nomades avec lesquels nous travaillons mais également avec lesquels nous pouvons jouer, écouter de la musique, surfer sur Internet, etc. font que l’on peut transporter son bureau à la maison, mais également faire ses courses en ligne au bureau.Bref, ce que l’on retient surtout c’est qu’il est possible de travailler partout, tout le temps et que si l’on n’adopte pas une certaine discipline on peut vite se laisser débordée par toutes les possibilités qu’offrent ces outils.
Conséquence directe de cette évolution : 54% des femmes cadres travaillent pendant le week end (contre 45% d’hommes) et 30% pendant les vacances (27% chez les hommes) selon une enquête réalisée par Cadréo. Ceci s’explique notamment par le fait que les femmes effectuent toujours « une double journée » et passent ainsi moins de temps au bureau que les hommes afin de gérer le quotidien familial.

67 % des salariés européens disent être sollicités par leur travail en dehors de leurs horaires professionnels. 62 % déclarent régler des problèmes personnels au travail. Tirés du baromètre Edenred-Ipsos 2014* sur le bien-être et la motivation des salariés européens, ces deux chiffres traduisent la progression du blurring (brouillage), à savoir l’absence de distinction entre le temps professionnel et le temps personnel.

Dans certaines professions, comme les agriculteurs ou les commerçants, le phénomène ne date pas d’hier. Mais, avec la généralisation des outils de communication comme le smartphone ou les tablettes numériques, il tend aujourd’hui à se banaliser.

Petit à petit, la frontière entre vie privée et vie professionnelle s’estompe. C’est encore plus vrai pour les dirigeants : 90 % des top managers et 84 % des managers sont sollicités par leur travail en dehors de leurs horaires professionnels. En retour, 77 % des tops managers et 78 % des managers règlent des questions personnelles au bureau.

Comment est vécu ce phénomène ? En septembre 2013, l’institut IPSOS a mené une enquête* sur le sujet dans sept pays. 79 % des personnes interrogées jugent le blurring satisfaisant. Les Brésiliens et les Chinois se montrent les plus enthousiastes. En revanche, les Allemands et les Français sont 3 sur 5 à penser que cette confusion constitue une source de stress. Et la moitié d’entre eux culpabilisent de ne pas consacrer davantage d’attention à leurs proches. 89% s’accordent à penser que le phénomène est irréversible. Ce qui aura forcément des conséquences sur l’organisation du travail.


* Enquête réalisée en janvier 2014 auprès de 8 800 salariés allemands, belges, britanniques, espagnols, français, italiens, portugais et suédois.